Trail du Grand Ballon : les préparatifs

Vendredi 26 avril 2019

Ce week-end s’annonce fantastique. Partis avec un couple d’amis, nous sommes survoltés sur la route qui nous mène dans les Vosges. La course est prévue le samedi et le dimanche, ce sera ballade geocaching en mode récup’. Mais avant tout, c’est déjà la course dans la course. La remise de dossard au Markstein ferme à 19h30. Il faut avant passer chercher les clés de notre loc’ du week-end et après, il faut faire quelques courses pour nourrir tout ce beau monde.

Les bras chargés de bière, pâtes et de gâche (ne surtout jamais oublier la gâche), nous prenons la direction de la loc’ pour un bon apéro et une bonne charge glucidique pour demain. Le réveil est prévu à 4h30 et visiblement, tout le monde se cale sur mon rythme, bien éreintés par la journée. A 21h30–22h, les yeux se ferment et s’ouvriront toutes les heures comme à chaque veille de course. La peur de manquer le réveil est trop présente. Ca me fait plus flipper que de devoir abandonner une course …

Samedi 27 avril 2019 : 4h30 – Réveil

Mon acolyte est au garde à vous et prêt à dégainer son meilleur café pendant que je m’affaire. Tout était prêt hier soir mais une dernière vérification s’impose tout de même. La seule interrogation est de savoir si je tente le short ou si la joue collant long. De la pluie est annoncée mais comme je suis joueur, je pars en short sans même mettre le collant dans mon sac au cas où.

Jour J – Trail du Grand Ballon 70km

5h15 : Départ pour Le Markstein

Ce sera l’occasion d’effectuer ma seule ascension motorisée du jour. Pour le reste, ce sera à pieds! Je ne dirai mot concernant le trajet en voiture, des événements s’y passeront. Une fois arrivés en haut, j’enfile la veste imperméable et avec Kos, nous nous dirigeons sur la ligne de départ. Il commence à bien pleuvoir. Tout le monde essaie de s’abriter comme il peut. Nous faisons de même. On sent la grosse motivation quand à 5h58, il n’y a toujours personne devant l’arche de départ 😀 Finalement, le monde arrive d’un coup et je retrouve Antho de la chaîne Antsorun, son oncle Jérôme, et Guillaume. On se souhaite bonne course.

6h : Le départ est donné

La course démarre avec 8km de descente. Ca met dans le bain tout de suite. Je me suis décidé à assurer, ne pas trop envoyer. Je ne suis pas là pour faire un classement. Je suis là pour finir mon 1er 70km. Ce qui est bien, c’est qu’on attaque sur du pas trop technique. Les chemins sont plutôt large et, certes, caillouteux mais pas trop de racines. Dans cette partie, j’essaie de prendre mes marques, voir comment je me sens et si les jambes vont être là aujourd’hui. Après quelques minutes, je laisse la frontale et la range dans mon sac. Je n’en aurai plus besoin. Les premiers km, c’est du velour. Tout va bien. Je me sens vraiment bien quoiqu’un peu chaud avec ma veste, la pluie s’étant arrêtée. J’attendrai la fin de la descente pour la retirer maintenant car je ne veux pas couper mon effort. Je me sens tellement. Je sens la bonne journée et n’ai aucun doute sur son épilogue.

Une fois en bas de la descente, nous sommes plusieurs à avoir la même idée et à fourrer vite fait notre veste imperméable dans notre sac. J’en profite pour boire un peu. C’est un de mes gros points faibles. J’ai du mal à bien m’hydrater, je ne suis pas un gros buveur (d’eau) et donc je suis souvent obligé de me forcer à boire en course. Antho et Guillaume passe devant moi. Je les rejoins au début de la 1ère montée et en profite pour déplier les bâtons. Nous en sommes au 9ème km et les choses sérieuses commencent maintenant. Les quadriceps sont bien chauds, il va falloir chauffer. 400m de D+ en 8km. C’est assez correct et permet une bonne mise en jambe. J’ouvre la marche à mes deux comparses sur le single de début de montée puis le chemin devenant plus large nous nous mettons à même hauteur. On en profite pour papoter un peu sur le replat.

A partir du 12ème km, commence à single en léger faux plat montant. Je laisse mes deux collègues partir. En effet, je ne veux pas me mettre dans le rouge aussi tôt dans la course. Il y a beaucoup d’inconnues sur cette course pour que je laisse les choses au hasard. J’ai mon plan de course, je le suis.

8h45 : 1er ravitaillement

Le 1er ravito est au 17ème km. J’ai prévu d’y passer à 8h15 en sachant que la barrière horaire est à 8h45. J’arrive au final à 8h27. Pas le temps de niaiser et à vrai dire je n’en ai pas envie. Je recharge mes gourdes, je choppe quelques trucs à manger; des Tuc, des bonbons et des quartiers d’orange et je file. Il fait vraiment froid par contre et la brume omniprésente n’arrange rien alors je remet ma veste. Je ne la quitterai plus.

C’est quand tout va bien que les problèmes commencent. Avant la course, j’ai mis ma montre en économie d’énergie car je sais qu’elle ne tiendra pas toute la course. Elle prend le point GPS toutes les 30 sec au lieu de toutes les secondes. Le manque de réseau du coin aura sans doute été la goutte d’eau pour ma montre. Impossible pour elle de retrouver le point GPS. Du coup, à part me donner mon temps, elle ne me sert à rien. La distance est faussée. Je prend alors la meilleure décision possible avec le recul. Eteindre le GPS. Je connais le profil, mes temps de passage estimés et les barrières horaires par cœur alors je dois pouvoir gérer. La tactique s’avérera payante. Plutôt que de se prendre la tête pour rien, laisse les problèmes de côté. Ravito par ravito.

Le prochain est donc dans 8km (450D+ — 525D-) et il me faut arriver avant 10h15. J’ai estimé 1h sur cette portion. Sorti du ravito, 2km de bitume en descente m’attendent pour commencer puis nous quittons la route pour prendre un sentier assez large. Après une bonne demi-heure de descente et une arrivée à Neuhouse, il faut remonter. 400D+ pas du tout technique s’en suivent. Pas du technique dans le genre qui te fait commencer par un passage où il faut escalader des rochers puis nous nous tapons un beau mur. Le genre de côte où tu voudrais qu’il y ait des lacets mais ils te font passer tout droit ! Là c’est bon, tout est chaud maintenant. Je sens que mes mollets ont envie de se faire la malle 😀 PS: Après vérif sur les traces d’autres concurrents, ce passage est entre 30 et 40%.

9h45 : 2ème ravitaillement

Malgré tout, je relance vite une fois en haut. Sur ce début de course je savais que je n’aurais pas le luxe de perdre du temps surtout que je ne sais pas à quel kilométrage exact je suis. Je cours le faux plat montant et arrive finalement au deuxième ravitaillement vers 9h45. 30min d’avance sur la barrière, c’est pas fou mais si je passe bien la prochaine ça va se détendre. Le prochain ravitaillement est dans 16km (700D+ — 600D-) et je dois arriver avant 13h, ce qui me laisse 3h15 pour faire la distance. Ca devrait être large. Comme c’est la plus grand distance entre ravito de la course, je recharge bien mes gourdes, choppe 2–3 trucs à la volée et repart aussitôt.

J’appréhende un petit peu car j’ai toujours un coup de mou autour du 28–30ème km. Pour cette fois, soit je gère bien la chose soit je me sens vraiment bien aujourd’hui mais je progresse toujours correctement, à mon rythme sans trop en faire mais en étant concentré au maximum sur la course. Avec mon problème de montre, je ne peux pas me permettre de m’écarter de mon objectif. Ce qui m’aide aussi, c’est que je sais qu’au prochain ravitaillement, j’aurai fait plus de la moitié. J’attaquerai le retour.

En ce qui concerne le parcours, ça reste dans le même ordre que précédemment. Une descente puis une montée. Cette fois la descente est assez roulante, large et assez longue. Ca permet de bien dérouler la foulée et de ne pas trop se fatiguer. Une portion comme ça, c’est gratuit. Depuis que j’ai laissé mes collègues partir, je suis seul. Je croise des gens, je double et suis doublé mais je ne mets pas dans un groupe. J’ai vraiment besoin de ça je pense. Je veux être dans ma foulée, dans mon rythme, dans ma bulle et ne pas avoir d’excuse si j’échoue.

Finalement, en étant dans ma bulle, le passage du 30ème km s’avère moins compliqué que prévu et en fin de descente nous sommes attendus par deux dingues. Un couple, visiblement, complètement survoltés s’agitent et nous haranguent avec leur cloche montagnarde. Un passage court mais qui fait du bien et qui remet un coup de boost ! Bon, 500m plus loin, le chemin s’élève à nouveau mais qu’importe. Je pense surtout qu’on est à la mi-course et que le retour au Markstein commence maintenant. Il reste 35km. 35km. Ca pourrait en effrayer plus d’un mais bizarrement ça me fait kiffer. Le plus dur est fait. Il pleut légèrement mais c’est juste rafraichissant et pas franchement dérangeant ni dangereux. Depuis le 35ème, nous sommes dans une belle montée, assez raide qui nous mène 500D+ plus haut. Nous repassons au dessus des 1000m d’altitude.

12h20 : 3ème ravitaillement

C’est aussi l’occasion de passer le 3ème ravitaillement. J’y arrive à 12h20. Ca donne, donc, 41km 2000D+ et 6h20 de course. Il est temps de manger un peu de salé là. J’en ai envie depuis un petit moment alors je sors mon ravito perso à base d’amandes et noix de cajou. Je chope une orange au passage et reprend mon chemin.

Prochain arrêt au 52ème km. On s’attaque à une bonne partie de faux plat descendant le long d’une route pour 4km. Pas le truc le plus jouissif surtout qu’il n’y aucun panorama à voir. Le ciel est complètement bouché en plus de la pluie. Du brouillard à couper au couteau et qui nous permet à peine de distinguer les coureurs… Ce faux plat est suivi d’une bonne descente, courte mais intense au beau milieu d’une piste de ski. Le genre de descente qui te fait du bien aux cuisses. Sur les quelques centaines de mètres, on croise les coureurs du 15km qui courent dans l’autre sens. Un bon gros troupeau de plusieurs centaines de coureurs à laisser passer quand toi tu as quasiment 50 bornes dans les pattes … Un peu moyen. Heureusement, on a quelques messages d’encouragements au passage 😉

Nous arrivons alors au bord d’un lac. J’aperçois au loin une tente avec une petite ouverture. Je comprend que c’est un photographe qui est posté là dans sa tente avec juste l’objectif qui dépasse. Un grand bravo à eux d’ailleurs, surtout quand on voit la qualité du travail.

Juste après cet intermède, une côte bien reloue est sur le parcours. Un chemin tracé au milieu d’un champ, gorgé de flotte et que l’on monte sous la pluie et dans le brouillard. Joli combo non? Un passage pas si compliqué sur une sortie à l’entraînement mais là avec le cumul de kilomètre, clairement je souffre un peu. Et ce n’est que le début. Je peux aisément dire que c’est mon passage le plus compliqué de la journée. Après un petit kilomètre en forêt, on se retrouve sur du bitume à courir au bord de la route pendant un autre kilomètre puis un passage plein champ à se faire fouetter le visage par la pluie battante aidée par des rafales de vent.

Heure inconnue : 4ème ravitaillement

Heureusement, au bout du champ, nous arrivons à une ferme pour le 4ème ravitaillement. C’est le gros ravito de la journée. Nous avions la possibilité de laisser un sac de délestage à cet endroit. Je regrette un peu de ne pas y avoir déposé un collant long car le temps ne va pas du tout en s’arrangeant. Je suis décidé à prendre un peu de temps ici. Je suis maintenant beaucoup plus large sur les barrières horaires. Y a plus de doute, je vais au bout. Je prend une bonne soupe et je mange pas mal de calories. C’est réconfortant.

Le plus dur? Repartir. On est au chaud et le temps est glacial dehors. Il pleut mais la pluie ressemble à s’y méprendre à de la grêle. Je ne sens plus ni mes doigts, ni mes mains, ni mon visage. Même la côte n’y fait rien. Pour faire un dessin : imaginez-vous sur un sommet sans arbre ni abri balayé par le vent et la pluie. Il fait vraiment trop froid. Au 54ème km, on bascule vers la plus grande descente de la journée. 6km pour 800D-. Heureusement, le chemin est plutôt roulant.

Je me sens vraiment bien et en profite pour courir à bonne allure. C’est aussi mon arrivée en terre inconnue. A partir de ce moment, je n’ai plus de repère de distance. Chose assez bizarre : à peine quelques mètres de descente fait, que les nuages s’évanouissent pour laisser place à un magnifique soleil ! Cool ça va me permettre de sécher un peu. En bas de la descente, il y aura le dernier ravitaillement, ça aide aussi 😉

Point physique avant le dernier arrêt. Je me sens vraiment bien. Je sens que la prépa a été bonne et que le volume fait ces derniers mois paient. Malheureusement, le manque de D+ m’handicape toujours mais je trouve que j’arrive à plutôt bien compenser.

15h44 : 5ème ravitaillement

J’arrive finalement au dernier ravitaillement. J’ai le temps alors je prends quelques minutes. Il me reste 8km 800D+. Ca va être dur, je le sais. J’ai même prévu ça en 2h dans mon plan. Je sais que je suis mauvais en montée et que si je suis large sur les barrières horaires, je vais y aller relâché, ça ne va pas aider à aller vite. Le soleil fait du bien à ce moment. Dernière montée, dernier effort, l’apéro est proche 😀 Je commence sur un bon rythme. Enfin c’est ce que je crois car je me fais quand même doubler … Puis je suis vite perdu.

Le fait de ne pas avoir ma montre ne m’aide pas à savoir où j’en suis. Alors je demande aux coureurs comme pour me rassurer que je ne recule pas. Au 65ème km, nous sortons de la forêt, et le plus dur est fait me dis-je. FAUX ! Je vois un gros nuage arriver au dessus de ma tête et là… c’est le drame ! Un flocon, deux flocons, trois… Il neige… Le 27 avril, au Markstein, il neige !

Et encore 5km à faire. Là je veux finir au plus vite maintenant. Je peste un peu contre moi car j’aurais pu finir plus tôt. Finalement, après quelques déambulations autour du Markstein pour passer la barre des 70km, je franchis la ligne d’arrivée sous un déluge de neige. Accueilli comme un roi par les amis et ma chérie. Récompensé par une jolie médaille.

Finisher 70km 3300D+ 11h40min27sec

Mes premiers mots? “On y va !” Transi de froid, je veux juste prendre une putain de douche et attaquer l’apéro ! Un grand grand merci à tous les bénévoles, aux photographes, aux personnes qui oeuvrent pour que ces moments soient une réussite. Cette course l’a été. L’organisation ScottXtrails est à féliciter chaudement. Je recommande clairement cette course. Le parcours est magnifique. Et s’il fait beau ça doit être encore plus fou.

Merci à Mimie et à la Kos family de m’avoir attendu de looongues minutes sous la neige ❤ !

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